
Pour la cinquième année consécutive (on commence à faire vieux, ça y est !), les rédacteurs de cinécri vous font part de leur cinq coups de coeur de l'année. Comme d'habitude les avis se recoupent et divergent également...
Andrew Desmond

1) Les Aventures de Tintin, le secret de la Licorne de Steven Spielberg
Inventif, jouissif et d’une énergie folle furieuse, l’adaptation du célèbre personnage de Hergé par Steven Spielberg s’avère être une franche réussite en majeure partie grâce à la mise en scène détonante du cinéaste. Tout comme Robert Zemeckis, Spielberg trouve une seconde jeunesse grâce à l’utilisation de la performance capture (parfait compromis pour un tel projet à mi chemin entre l’animation traditionnel et l’adaptation live) et de la 3D. Tout ce que Indiana Jones 4 aurait du être et bien plus !
2) Rango de Gore Verbinski
Film mystique sur un caméléon tourmenté par des questionnements existentiels, Rango est avant toute chose un film d’animation virtuose d’une originalité et d’une intelligence rare. D’une grande beauté visuelle, le film aborde notamment la question du personnage au sein d’un récit tout en s’inscrivant dans une certaine actualité historique et politique (la crise économique, l’environnement, le fanatisme religieux…). Sans aucun doute le meilleur film de Gore Verbinski.
3) Drive de Nicolas Winding Refn
Ne racontant au final pas grand-chose, le nouveau film de Nicolas Winding Refn s’avère pourtant être un des films les plus singuliers et jouissifs de l’année. Mélangeant douceur et violence grâce à une réalisation d’une maîtrise étonnante, ce polar « à la seventies » nous révèle par ailleurs une nouvelle icône en devenir, Ryan Gosling.
4) La Piel que Habito de Pedro Almodovar
A la fois dérangeant et bouleversant, le maître espagnol signe un remake inavoué des « Yeux Sans Visage » de Georges Franju qu’il réinterprète à sa propre sauce avec brio et poésie. Cronenberg n’est pas loin non plus (et il en est sans doute jaloux !) et le film est à voir ne serait ce que pour la beauté de Elena Anaya ainsi que la présence de Antonio Banderas dans son premier vrai rôle depuis bien longtemps.
5) The Artist de Michel Hazanavicius
Indéniablement le meilleur film français cette année, The Artist s’impose tout d’abord comme étant un hommage formidable au cinéma Hollywoodien muet ainsi que celui des années 30, 40 et 50. Respectant tous les codes et conventions des genres cinématographiques de l’époque, Michel Hazanavicius signe un film tendre, drôle et émouvant avec un Jean Dujardin qui décidemment ne cesse de prendre de la bouteille avec le temps.
Ronan Le Treste

1) Happy Feet 2 de George Miller
Quand le Dr. George Miller s'attaque à une suite, il ne fait jamais dans la dentelle. A l'instar de Mad Max 2 et Babe:Un cochon dans la ville, qui surpassaient déjà leurs modèles, Happy Feet 2 abandonne la voie de la quête initiatique de son héros et ose le remettre en question en le transposant dans un nouveau type de société, sauf que cette-fois ci le nouveau modèle social n'est autre que celui crée par Mumble à la fin du premier film. Adieu le seul contre tous et la parabole écologique, ici la Nature devient l'ennemi (la fonte des glaces enferme le peuple manchot en zone de quarantaine) et ce sera à la communauté toute entière, du microscopique au gigantesque, d'unir ses talents pour sortir de la crise. Un message clairement humaniste, allant même jusqu'à proposer des questions métaphysiques via la crise identitaire de deux krills (joués par Brad Pitt et Matt Damon), aussi hilarant que culotté pour un programme principalement destiné aux enfants. D'aucuns diront qu'il ne s'agit que de pingouins qui chantent, tant pis pour eux. Pour ceux qui sauront y voir les différents niveaux de lecture, l'émotion brute à même de faire secouer les cœurs de glace à coups de claquettes, le fun et la réflexion, le tout enrobé d'une mise en scène continuellement inventive, vous feront passer deux heures d'anthologie. Le Cinéma devrait toujours ressembler à ça.
2) Detective Dee et le mystère de la flamme fantôme de Tsui Hark
Un retour en force pour le cinéma d'action intellectuellement maîtrisé, à mi-chemin entre le serial et le thriller fantastique, et pour son auteur, Tsui Hark, qui signe ici son meilleur film depuis Time & Tide. Cette adaptation des romans de Robert H. Van Gulik narrant les aventures du Juge Ti, pendant chinois de Sherlock Holmes basé sur une véritable figure historique du XVIIIème siècle, aussi efficace qu'accessible, offre un condensé de ce que chérit le réalisateur, qui nous prouve par là-même que recettes du passé et modernité ne sont pas incompatibles. Autant dire qu'au vu de sa forme, son prochain défi, celui de faire passer la Chine à la 3D avec son remake de l'Auberge du Dragon, risque de faire très mal.
3) Les Aventures de Tintin, le secret de la licorne de Steven Spielberg
Les yankees, en bons despotes planétaires qu'ils sont, ne se sont pas privés pour violer notre beau patrimoine franco-belge. C'est l'âme en peine que nous pleurons les succès bien de chez nous tels que la formidable trilogie entamée par l'Astérix et Obélix contre César de Claude Zidi ou encore plus récemment Les Daltons, œuvre introspective que n'aurait pas renié Ingmar Bergman. En attendant Sur la piste du Marsupilami qui saura, à n'en point douter, redonner sens à l'exception culturelle française, nous devons nous contenter de ce Tintin aux airs de montagnes russes, dont la mise en scène ostentatoire est encore une fois signé par le puéril Steven Spielberg qui s'acharne depuis plus de quarante ans à nous vendre des happy meals. L’œuvre culte d'Hergé méritait mieux que cette bouillie numérique hystérique à l'animation grossière, que seuls les enfants les moins exigeants sauraient trouver plaisante. Retournez à vos gros robots et à vos dinosaures, Mr.Spielberg.
4) Balada Triste de Alex de la Iglesia
Après son essai au film international avec l'impersonnel Crimes à Oxford, Alex De La Iglesia nous revient énervé, très énervé. Celui qui avait commencé sa carrière avec des œuvres anarchistes comme Accion Mutante ou anticléricales comme Le jour de la Bête s'était relativement assagi avec des comédies de mœurs (Mes chers voisins, 800 balles, Le Crime Farpait) où les références à ses idoles (Leone, Hitchcock) l'emportaient sur le fond. Avec Balada Triste, De La Iglesia signe une œuvre somme, mélange de comédie noire, de romance, de films de monstres, pour invoquer et tuer le spectre du franquisme qui plane toujours dans la mémoire de son pays, à l'aide de deux bâtards du fascisme, clowns de leur état, qui devront arracher leur maquillage faussement jovial pour accepter leur violence naturelle et ainsi se battre pour les beaux yeux d'une femme (L'Espagne?). Grotesque, hystérique et peu avare en références historiques (l'opération Ogro perpétré par l'ETA, El Lute, entre autres) qui risquent de passer au-dessus des spectateurs non-hispaniques, Balade Triste se montre difficile d'accès, mais ô combien singulier et important pour la carrière de son auteur et pour le cinéma ibérique en général.
5) Insidious de James Wan
Le papa de Saw nous revient après son excellent Death Sentence avec une nouvelle bobine horrifique. Aussi bourré d'influences que sa dernière incursion dans le genre (Dead Silence), Insidious se veut néanmoins nettement plus efficace à défaut d'être intouchable. Œuvre bicéphale où se heurtent l'épouvante 1er degré à celle de foire (grotesque, à mi-chemin entre la maison hantée de Disneyland et Poltergeist, en passant par des références directes aux Griffes de la nuit), le mélange a de quoi faire peur dans le mauvais sens du terme, et pourtant... À l’heure où le cinéma fantastique peine à imprégner momentanément nos esprits, qu'il est bon de retrouver nos peurs enfantines, de celles qui nous font guetter la présence étrangère dans notre chambre en priant l'arrivée du sommeil. James Wan continue à faire le petit malin, mais tant que ça fonctionne, qui irait s'en plaindre ?
Edouard Houilliez

1) Shame de Steve Mc Queen
Long plan séquence de Times Square au Madison Square Garden. Huit rues de distances où Brandon (hypnotique Michael Fassbender) fait son footing sur fond de musique classique. On n'avait jamais été autant dans la tête d'un personnage durant ses errements nocturnes et ce depuis Eyes Wide Shut. Tom Cruise vagabondait pour sortir sa femme de sa tête, le héros de American Psycho, en bon prédateur, chassait les femmes telles des proies. Brandon lui est un parfait mélange des deux : il chasse une proie sexuelle parce qu'il n'a que ça en tête. Et dès lors, le spectateur accompagne cet homme plus victime que bourreau. Victime de ne pas pouvoir donner plus qu'une nuit. Victime d'une agonie face à la seul femme à laquelle il ne peut céder : sa soeur. Victime de n'être qu'une "une bête" de sexe au sein de ce New York nocturne et déshumanisé qui peut faire très mal. Le personnage de Carey Mulligan est le parfait vecteur de cette idée. Elle peut commencer la nuit immortalisée par la sublime reprise de "New York, New York", il faut voir dans quel état la retrouve son frère au petit matin. Sur une variation proche de la folie et situé dans la même ville fantomatique, Shame vient faire beaucoup d'ombre au dernier Aronofsky, Black Swan. L'un se prend pour Kubrick, l'autre l'est. Pourtant promise à l'ultime marche de ce top, la ballerine peut aller se rhabiller.
2) Drive de Nicolas Winding Refn
Un film qui possède en lui l'ADN du thriller haut de gamme. Un héros campé avec classe par Ryan Gosling qui, tel le Samourai de Melville, n'a pas besoin de longues tirades pour s'exprimer. Des courses poursuites haletantes qui n'ont rien à envier à celle de Bullit. Des méchants vicieux tout droit sortis d'un film de Scorsese. Des prises de vue nocturnes épousant le style de Michael Mann. Une bande originale riche et variée digne d'un Tarantino. Certes à force de trop saturer son esthétique en ralentis, cuts et autres effets de styles, le réalisateur gagne autant en temps qu'il perd en substance (le scénario tiendrait sur un timbre poste). Mais ce qu'il perd sur le papier, le film le rattrape par la justesse de ses interprètes : du sanguin Albert Brooks à l'innocente Carry Mulligan, ceux-ci vont chacun leur tour influencer le personnage de Gosling qui oscillera constamment entre deux extrêmes. Après avoir embrassé l'innocence (scène de l'ascenseur), le cascadeur va progressivement la perdre et se salir les mains tel son ennemi. Ou comment la love store devient une descente aux enfer sous adrénaline. Samuel Fuller disait qu'un bon film se décline en 3 mots : Amour, Haine, Action. Drive en est la parfaite illustration.
3) The Artist de Michel Hazanavicius
The Artist compense à lui seul tous les manques de cette année 2011. Vous avez été déçu par Tintin et Milou? Admirez l'alchimie entre Jean Dujardin et son chien bien plus réelle que dans l'oeuvre numérique de Spielberg. Vous n'en pouvez plus d'attendre le prochain Batman? Jubilez devant la touchante relation de ce "super-héros du muet" avec son majordome. Plus rien ne vous fait rire au cinéma? Revenez aux sources avec le bon vieux burlesque qui fit la gloire des Chaplin et autres Keaton. Vous ne trouvez plus aucune actrice jolie? Essayez de ne pas tomber amoureux face au charme de Berénice Béjo. Vous en avez marre des acteurs toujours bloqués dans le même registre? Observez comment le sourire de Jean Dujardin s'éclipse pour faire face à un homme profondément marqué. Enfin vous trouvez que les scripts actuels manquent de ********? Remerciez Michel Hazanavicius d'avoir eu la volonté de pondre ce petit chef d'oeuvre qui ressuscite la superbe du cinéma d'antant avec amour et respect. Si après tout cela vous n'êtes pas satisfaits, il y a toujours Transformers 3.
4) Tree of life de Terrence Malik
Souvenez-vous de cette phrase prononcée par Jeff Goldblum dans Jurassic Park : "Les dinosaures ont eu leur chance, c'est la nature elle même qui les a fait disparaitre". Malick/Malcolm même combat. Le cinéaste d'exception vient compléter la phrase du scientifique de fiction en nous rappelant à travers chaque plan/idée que la nature n'en a pas fini avec nous ni avec notre univers. Le nous, la nature, l'univers….le dernier Malick est un berceau de vie et de philosophie. En résulte cette prière à Dieu qui invoque l'infiniment grand (les planètes) comme l'intimement petit (le lien filial). Malick dresse à la fois la synthèse de tout (pour ceux qui l'auront compris) et de rien (les réfractaires…). Force est de reconnaître là le film le plus ambitieux jamais pensé qui, s'il ne contente pas tout le monde de la même manière, a au moins le mérite de poser les bonnes questions quant à l'essence de l'humanité, son avenir et ce qu'il en restera. Comblé ou pas, on en ressort éprouvé!
5) Hugo Cabret de Martin Scorsese
Un membre de la rédaction joue dans le film alors on se sent un peu obligé…plus sérieusement pourquoi le film de Martin Scorsese vient clore ce top 5 et piquer la place aux X-Men et autres Warriors? Des images un peu trop enfantines pour des adultes et des passages un peu trop violents pour des enfants. Scorsese prend le parti pris de rester fidèle à l'oeuvre de Selznick pour courageusement faire un film tout public qui n'en est pas un! Hugo réconcilie et fédère les différents publics autour d'une 3D qu'on n'avait jamais vu aussi pertinente sur grand écran. L'outil se marie aussi bien aux images de Scorsese (formidable plan séquence en introduction) qu'à son propos. Et quel plus beau propos que celui de la conservation des oeuvres d'art à travers les époques. Et le réalisateur de restaurer le voyage sur la lune de Méliès en 3D pour susciter le même émerveillement qu'à l'époque! Ceux qui parlent d'un Scorsese mineur ont tort, c'est l'oeuvre la plus personnelle de son auteur car elle se focalise sur ce qu'il a toujours été : un défenseur du cinéma.


In Time


The Artist


Drive




